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Introduction

Bonjour à tous,

L'idée de ce blog est née il y a bientôt trois ans d'une promesse faites à un réfugié Iranien dans un camp situé dans le No Man's Land entre la Jordanie et l'Irak. Promesse de témoigner de ces quelques jours vécus à ses côtés, promesse de vous raconter sa vie et celles des milliers de réfugiés avec lesquels il la  partage depuis plus 25 ans (mon âge à l'époque!). Au delà de ce témoignage, l'idée est de nous aider à reprendre conscience de ce merveilleux quotidien qui nous entoure, si cher à Barjavel, et que nous avons trop souvent tendance à oublier.

Le reste ne sera qu'une série de petits clins d'oeil à notre quotidien. Photos, Textes, Coup d'coeur, les miens, les vôtres, avec toujours le même désir: Rester conscient de ce dit merveilleux...

3, 2, 1... Open your eyes!!! :)

Tiphilou

Lundi 5 mars 2007 1 05 /03 /2007 18:06

Echange de regards sur une route près d'Agadez, Niger.

Par Tiphilou - Publié dans : openyoureyes
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Samedi 17 février 2007 6 17 /02 /2007 18:24

Une petite photo pour vous rappeler qu'il faut bien regarder ce qui nous entoure... Nous ne sommes jamais à l'abri d'une banale flaque d'eau sur un trottoir...

Par Tiphilou - Publié dans : openyoureyes
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Mercredi 31 janvier 2007 3 31 /01 /2007 10:42

En me baladant de blogs en blogs, je suis tombé sur celui de Blandine qui évoquait l'existence d'un marathon photo. Curieux de voir ce que cela pouvait donner, je suis allé sur le site marathonphoto.org qui présentait, le dit Marathon. L'idée est excellente: 24 thèmes à réaliser en 24 heures. Le samedi midi, on vous donne les 4 premiers thèmes. A vous de chercher l'idée et la composition la plus originale sur ces thèmes. Une fois les 4 premières photos téléchargées, vous recevez les 4 thèmes suivant et ainsi de suite. Je n'ai pas gagné mais je suis ravi de cette première participation dont je vous présente quelques thèmes ci-dessous. Dans l'ordre: "Seul au monde", "Croix", "Essence", "Insomnie", "Obscurité", "Pluriel"

Avis aux amateurs pour l'année prochaine!!!

Par Tiphilou - Publié dans : openyoureyes
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Lundi 8 janvier 2007 1 08 /01 /2007 17:01

10 août 2004 - Voilà six mois que je vis à Amman en Jordanie. La situation en Irak a conduit des centaines de réfugiés à fuir les combats pour trouver refuge à la frontière Jordanienne dans des camps mis en place par le HCR des Nations Unies et l’ONG CARE. En France la télévision nous montre des images de ces réfugiés, tente de nous faire partager leur détresse. Mais sans jamais les nommer. Comme si les humaniser par un prénom était susceptible de rendre cette détresse insurmontable à nos yeux.

 

Comme si l’anonymat nous préservait…

 

 Aujourd’hui mon projet se réalise enfin. Je suis devant l’unique entrée du camp de réfugié situé dans le No Man’s Land entre la frontière Jordanienne et Irakienne. Il n’est que 7h00 mais il fait déjà chaud. J’imagine aisément la chaleur qui nous attend dans la journée au milieu de ce désert de pierre qui recouvre l’Est Jordanien. J’aime à penser que les pierres sont les fleurs de ce désert. Je me demande pourquoi un tel camp a été installé ici… Après tout, No Man’s Land ne signifie-t-il pas « Terre sans Hommes » ? Bayat Mirzayi me tire de mes pensées. « Yallah ! ». Il est aussi impatient que moi de cette rencontre. C’est lui qui va me présenter cet endroit où il vit depuis bientôt deux ans. Il est Iranien et vient de passer 24 ans dans un camp de réfugiés en Irak, après avoir fuit son passé politique en Iran. Ici, il fait partie du comité qui organise la vie dans le camp et a la responsabilité de l’un des huit blocs qui le divisent. A peine le temps d’un premier sourire et nous voilà à l’intérieur, au milieu des centaines de tentes qui composent le paysage, pour un plongeon  dans un monde que je découvre à chacun de mes pas. Plus de 1500 réfugiés Iraniens, Palestiniens, Iraquiens, Somaliens, vivent ici. Je suis venu pour rencontrer ces gens, ces familles anonymes, pour entrevoir leurs histoires et enfin mettre un nom sur leurs visages trop souvent aperçus et trop souvent oubliés. Je ne suis pas là pour photographier des réfugiés. Je suis là pour rencontrer Aziz, Mohamad, Shirwali… des hommes et des femmes avant tout. Durant ces quelques jours dans le No Man’s Land, j’ai décidé de ne prendre personne en photo sans d’abord connaître son nom, son histoire, ses espoirs…

 

Il est 8h30. J’ai l’impression d’être ici depuis toujours. Depuis mon arrivée, Bayat me raconte sa vie, son voyage qui l’a conduit jusqu’ici. Il parle comme s’il n’avait pas parlé depuis des années, comme si raconter son histoire lui permettait de quitter cet endroit. Il ne s’arrête pas, de peur de perdre cette liberté qui le conduit dans les montagnes d’Iran, sur les routes Iraquiennes et finalement dans ce désert Jordanien. Ses yeux brillent, sa voix tremble d’émotion et d’impatience. Il a tellement de chose dans le cœur…

 

Chaque famille me reçoit avec la même envie de témoigner, la même envie de me faire comprendre ce qu’ils vivent depuis plus de 25 ans. Plusieurs me demandent ce que je ferais si j’étais à leur place ? Comment répondre à une telle question ? Je n’ai jamais vraiment connu l’exclusion, l’isolement, la violence. Je ne sais pas… Je ne peux qu’admirer le courage de ces gens et leur envie de vivre qui les a conduit jusqu’ici. Je ne peux que témoigner…

 

 

« Quand tu rentreras chez toi, souviens-toi de ce que tu as vécu ici. Souviens-toi et s’il te plaît… raconte. » - Bayat Mirzayi -

Par Tiphilou - Publié dans : Reportage
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Lundi 8 janvier 2007 1 08 /01 /2007 17:00

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La fille d'Ali Rahmadi a les yeux dans le vide. A quoi pense-t-elle ? Je n'ai jamais vu une telle expression. Aujourd'hui encore je n'arrive pas à décrire ce qu'elle exprime? Tristesse ? Peur ? Appel à l'aide ou simple regard d'un enfant qui fait face à l'inconnu ? Comme si à travers ce regard elle reprenait les mots de son père : « Jamais nous ne pourrons oublier ce que nous avons vécu. Jamais. Nous avons beaucoup de choses dans nos coeurs.»

 

 

 

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 Méli mélo de cordes et de tissus comme simple maison. Je me demande encore comment les piquets qui tiennent les cordes ont pu être enfoncés dans ce sol que le soleil a durci comme du béton.

 

 

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Dans cette tente je retrouve Zahra Mosazada. Elle a commencé une grève de la faim il y a trois jours. Elle souhaite que les Nations Unies s'intéressent à elle, à sa famille. Je suis touché par la scène et la détresse qui s'en dégage. Dans les bras de son mari sa fille de dix mois pleure. Bayat me demande de lui expliquer qu'une grève de la faim ne fera qu'empirer une situation déjà difficile. Après quelques mots Zahra me coupe : « Safe or death! ». Je les quitte avec un sentiment d'impuissance qui me révolte...

 

 

 

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J'arrive dans la tente de Reza Alghasi. En m'asseyant j'aperçois à travers une ouverture une petite fille seule au milieu d'un chemin. Sous un soleil de plomb, elle joue. Tout simplement. Reza surprend mon regard :

 « Vos enfants jouent avec des ordinateurs, les nôtres jouent avec de la poussière. »

 

 

 

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Un attroupement attire mon attention. En m'approchant je découvre des enfants qui jouent avec de la terre. Bayat m'explique qu'ils ne jouent pas mais qu'ils fabriquent des briques en utilisant les eaux usées et la boue qui sortent des tentes avant de les faire sécher au soleil. Aujourd'hui la chaleur est telle qu'il m'est difficile d'imaginer que cet hiver ils auront besoin de ces briques pour les isoler du froid.

 

Bayat regarde à travers la clôture qui entoure le camp. A quelques centaines de mètres la frontière Iraquienne qu'il a franchie il y a de cela 18 mois pour trouver refuge en Jordanie avec sa mère, ses cinq frères et ses deux soeurs. Quelle triste ironie. Après avoir vécu 24 ans dans un camp de réfugiés en Irak et avoir décidé de fuir enfin le pays, il se retrouve aux portes de la Jordanie sans pouvoir aller plus loin. L'Irak semble le narguer de n'avoir pas pu s'éloigner davantage...

 

 

La chaleur étouffante du désert Jordanien oblige les réfugiés à vivre à l'intérieur des tentes. Cuisine, chambre, coin pour se laver,... une seule pièce. Shirwali Jawanni me reçoit pour déjeuner. La générosité de ces gens n'a d'égal que le dénuement dans lequel ils vivent. Le réchaud dans lequel elle prépare le riz chauffe encore un peu plus l'atmosphère. J'ai l'impression qu'il fait aussi chaud ici qu'à l'extérieur !

 

 

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Sous une lumière écrasante qui blanchit le paysage, une des filles de shakary Bradar Aziz se rend à l'école. A la main son unique cahier. CARE a mit en place les cours à l'intérieur du camp, fournissant matériels et mobiliers à tous les participants. Les professeurs sont des réfugiés. Les impliquer au maximum dans la vie du camp facilitera leur intégration en cas d'accueil dans un pays hôte.

 

 

 

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Dans une des tentes de CARE, la fille d'Ali Reza azizi donne des cours de peinture aux jeunes du camp. C'est un moment irréel qui me fait oublier où je suis, l'espace d'une petite heure. Ici les sourires arrivent à reprendre le dessus. La peinture leur offre la liberté qu'ils n'ont pas à l'extérieur de l'atelier. Beaucoup d'oiseaux sont peints. L'image me plaît...

 

 

Sur notre passage, des dizaines de réfugiés nous observent, nous interpellent. Au milieu de la foule compacte, je suis comme happé par le regard d’une jeune fille. Beaucoup ont un regard sec qui traduit la perte d’un espoir trop longtemps espéré. La fille de Mohamad Ghaytoli, elle, me regarde comme pour vérifier que je suis vraiment là, bien réel. Je me sens démuni en prenant conscience de ce que ma présence ici peut laisser croire. Lorsque je m’adresse à Mohamad, je commence par lui dire que je suis à Ruweished pour témoigner à mon retour, mais que je ne veux pas leur donner de faux espoirs.

« Un faux espoir est toujours mieux que pas d’espoir du tout », me dira Bayat en sortant de la tente.

 

 

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Quel contraste saisissant. La clôture du camp, à laquelle s’adossent des barbelés tombés depuis longtemps, accumule papiers et sacs plastiques. Comme si eux aussi étaient condamnés à vivre là, sans espoir de s’envoler. A quelques centaines de mètres à peine, la longue file d’attente des camions qui passent en Irak et en Jordanie. Depuis la guerre en Irak, le commerce routier entre les deux pays a repris. Paradoxe incroyable de cette prison humanitaire accolée à cette route, symbole de liberté, qui se perd à l’horizon.

 

 

 

Cette route je la reprends pour rentrer sur Amman, le regard dans le vide et le cœur plein à craquer…

 

 

 

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 « Quand tu rentreras chez toi, souviens-toi de ce que tu as vécu ici. Souviens-toi et s’il te plaît… raconte. » - Bayat Mirzayi -

 

 

Merci à vous de m'aider à tenir ma parole... en parlant de ce blog.

 

PS: La fermeture du camp de Ruweished, prévue en septembre 2006 a encore été retardée.

Par Tiphilou - Publié dans : Reportage
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 08:59

Le jour J approche à grand pas et vous êtes en train de courir pour pouvoir boucler vos cadeaux dans les temps. Autant dire que les étiquettes qui orneront vos paquets, c'est un peu comme le choix d'une couleur de cheveux pour un aveugle... Après tout, un bon feutre et le tour est joué. Ce n'est pas un coup d'feutre sur le paquet qui altèrera le cadeaux en lui-même! All right, mais bon, pour ceux qui pense qu'une étiquette c'est utile et qui parcourent en vain les Marie-Claire ou autre Maison et Travaux pour piquer celles offertes chaque année, je vous propose d'utiliser celle que je viens de faire pour 2006. C'est ma façon de dire que les cadeaux importent peu et que seul l'attention et l'envie avec laquelle on les fait a de l'importance...

Vous n'avez qu'à enregistrer les images sur une clé USB et faire tirer les photos chez votre photographe préféré. Ensuite un coup d'ciseaux, un p'tit mot au dos et le tour est joué!

 

Joyeux Noël à tous...

Par Tiphilou - Publié dans : Carte de Noël
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 08:41

Sur le banc usé du jardin Henri IV un vieil homme admire en silence. Devant lui les passants s’enfoncent dans leur quotidien… Ils courent les yeux accrochés au sol, toujours droit devant près à dévorer la vie, comme si rien ne méritait l’effort d’un regard. Ils se croisent tous les jours mais ne se connaissent pas… Pire même, ils ne se reconnaissent pas. Le vieil homme les regarde et s’amuse de cette cécité involontaire qui conduit ces passants. A ces lèvres un sourire accroché depuis bientôt un siècle se refuse à disparaître. Il a creusé avec le temps une trace sublime, sur son visage de vieux, qui efface les marques rugueuses qu’une vie peut laisser. En fait, si les passants s’arrêtaient, il serait légitime qu’ils s’étonnent de ce rayonnement inhabituel qui chaque jour, depuis dix ans, illumine cette partie du jardin. Cependant ils marchent, ils courent mais jamais ne s’arrêtent.

 

 

 

Les cris provenant des aires de jeux pour enfants couvrent ce matin le bruit des pas, des téléphones et des conversations virtuelles qui animent quotidiennement l’allée nord du jardin.

Nous sommes le 9 juillet de l’année 2005. Un petit garçon est assis de l’autre côté de l’allée. Il regarde ce vieillard avec intérêt depuis plusieurs minutes sans arriver à décrocher son regard. Dans son élan pour attraper son ballon, il a croisé son regard. Abandonnant son ballon à sa course folle, il s’est arrêté comme suspendu à cet échange inattendu. Il refuse d’aller chercher son ballon de peur que le vieil homme ait disparu à son retour et de perdre ainsi ce moment si étrange. Alors il s’assoit et regarde. C’est la première fois qu’il voit un vieux aussi bizarre. Après la mort de son dernier grand-père l’an dernier, sa grand-mère est la seule vieille personne avec qui il parle encore aujourd’hui. Mais l’aigreur qui alimente ses discours lui font dire que la vie qui l’attend ne sera pas des plus facile. Entre guerre et chômage, divorce et mensonges… Il ne comprend pas encore tous ces mots mais il sait qu’ils n’annoncent rien de bon pour la suite. Il suffit d’entendre le ton sur lequel sa grand-mère en parle. Il n’aime pas parler avec sa grand-mère parce qu’il la sait triste et qu’il ne peut rien faire pour l’aider. Combien de fois il aura entendu ses parents lui dire « On ne peut pas la changer ! ».

Alors il s’invente des histoires tous les premiers week-end du mois pour échapper à la fameuse visite, dans cet appartement aux tapisserie noircies qui semblent avoir l’âge de sa grand-mère. C’est pourquoi ce vieux monsieur de l’autre côté de l’allée l’intrigue. Il ne ressemble pas à sa grand-mère. Il sourit bêtement, comme si un fil invisible était accroché à ses lèvres et les tirait vers le haut. De temps en temps, le vieil homme disparaît derrière une nuée de passants qui se croisent. Mais c’est toujours la même surprise lorsque son visage réapparaît au sortir de la foule, un sourire atypique dans ce quotidien sans émotion.

 L’enfant hésite. Il voudrait lui parler mais il a peur que cela fasse comme avec sa grand-mère et que ce visage serein ne cache en réalité la même aigreur vis à vis de cette vie qui le laisse sur le bord du chemin. Peut-être est-ce une maladie terrible qui oblige le vieillard à garder ce sourire. Il se transforme alors en une simple déformation hideuse sur ce visage pourtant serein. Le pauvre homme, devoir vivre toute sa vie avec un visage heureux quelles que soient les souffrances endurées. L’enfant est soudain pris de pitié. Elle remplace l’étonnement mais accroît la curiosité. Mille questions à poser. Est-ce que c’est contagieux ? Comment elle s’attrape ? Peut-on en guérir ? L’envie est trop forte, le risque limité. Si c’est contagieux il partira en courant et sera protégé par le mur de passants. 

 

 

 

Le mur de passants… Pour plus de prudence il préfère le contourner et ne pas risquer de se faire embarquer dans leur course contre la montre. Après un effort incroyable pour se frayer un chemin dans ce flux incessant, l’enfant se retrouve enfin face au vieil homme qui n’a cessé de sourire. L’enfant trouve son sourire changé. Il ne sait pas s’il traduit une invitation ou plus simplement une moquerie. Après tout quelle idée de regarder à ce point un inconnu ?

 

Le vieil homme ne dit rien, comme s’il attendait qu’il fasse le premier pas. Cette invitation à parler en premier plait à l’enfant. Il n’était tellement pas habitué avec sa grand-mère qui n’écoutait que ce qui sortait de sa  propre bouche. Après encore quelques instants d’hésitation l’enfant vint s’asseoir sur le banc usé, à la gauche du vieillard. Ce denier continuait de regarder la foule des passants sans sembler se soucier de sa présence.

Un bras sur le dossier du banc, une jambe repliée et l’autre se balançant dans le vide, l’enfant semble fasciné par cette présence.

 

« - Vous êtes malade monsieur ? » 

Le sourire du vieillard se transforma en un rire non contenu. Il sembla à l’enfant que le vieux n’avait pas du rire depuis longtemps.

 

 Comment peut-on rire aussi ouvertement et se moquer d’un enfant de huit ans ? La honte envahie le visage de l’enfant qui se lève d’un seul coup s’apprêtant à fuir cette méchanceté gratuite à son égard.

 

Le vieil homme cessa de rire et retrouva son sourire.

 

« - Oui je suis malade… »

 

 

Coupé dans son élan, l’enfant s’en voulu d’avoir voulu fuir. Il se rappelle toujours de sa mère qui l’avait un jour repris après avoir refusé de répondre à un autre enfant handicapé qui le dévisageait avec ses yeux globuleux. « Tu dois être gentil avec les personnes qui sont malades, il ne faut pas les rendre  plus malheureux », avait-elle dit avec cette douceur qui la caractérisait. Depuis se jour il s’était promis d’essayer de toujours faire son maximum pour aider les personnes malades. Cela lui a d’ailleurs valu une grosse réprimande l’an dernier après avoir offert à un homme en fauteuil roulant qui attendait dans la rue de pouvoir traverser, une des jambes de son robot qu’il avait soigneusement arraché pour l’occasion. Le monsieur n’avait pas vraiment apprécié ce geste pourtant fait avec une réelle envie d’aider et les parents, gênés par la situation, avaient crié comme jamais.

 Aujourd’hui il était bien décidé à ne pas laisser tomber le vieil homme et sa terrible maladie. Il prit donc le parti de se rasseoir près du vieillard.

 

 

«  - C’est quoi votre maladie ? Ca se guérit ? »

 

«  - Rassure toi elle se guérit… elle se guérit, mais je ne veux pas en guérir. »

 

«  - Pourquoi ? Quand on est malade il faut toujours essayer de guérir. Maman m’a dit que si on veut guérir il suffit de le penser très fort et que ça marche. Si vous voulez je peux penser avec vous ! »

 

 

Le regard du vieillard s’assorti à son sourire.

 

«  - C’est vrai dit le vieil homme. Mais regarde tous ces passants. Ils souffraient tous de la même maladie et aujourd’hui ils sont guéris. »

 

L’enfant ne comprenait pas bien mais il appréciait la douceur des paroles qu’il entendait.

 

 

 

«  - Maintenant ils marchent dans ce jardin à la recherche d’un idéal qu’ils ont perdu en guérissant. Je t’ai vu essayer de les traverser tout à l’heure pour venir me rejoindre. J’ai vu tout le courage qu’il t’a fallu pour affronter cette machine à écraser. »

 

«  - Quelle machine ? »

 

«  - Ce flot d’êtres humains qui avance droit devant en écrasant tout sur son passage, oubliant le petit garçon qui essaye de traverser le chemin sans les déranger. »

 

«  - Oui mais c’était pas si difficile » dit l’enfant avec fierté.

 

«  - Pour toi non car tu es jeune et plein de force et de volonté. Mais si un vieillard comme moi essayait, ils me briseraient avant même que j’ai pu faire un pas. »

 

L’enfant ne savait pas s’il venait d’entendre un compliment à son égard ou une plainte du vieil homme.

 

«  - Vous voulez traverser ? », hasarda-t-il.

 

«  - Non je suis très bien ici pour affronter ma maladie. »

 

«  - Mais quelle maladie ? » demanda l’enfant avec une furieuse envie de savoir comment il pourrait aider ce vieil homme.

 

« - Je veux bien vous aider mais il faut me dire ce que vous avez ! »

 

«  - J’ai des troubles de la vue… de la vision… Oui si je devais donner un nom à cette maladie, je l’appellerais la Vision Absolue.  »

 

«  - La Vision Absolue  ?! » s’écria l’enfant comme s’il venait d’entendre un mot magique dont il ne comprenait pas le sens.

 

«  - Oui.  C’est à dire que je vis constamment avec un regard grand ouvert sur le monde qui m’entoure. La moindre petite chose anodine m’apparaît comme grandiose. Un regard, un brin d’herbe, cet insecte que je ne connais pas mais qui joue sur mon pantalon depuis dix minutes comme si nous étions les meilleurs amis du monde, ce vieux banc usé, ce courant d’air qui donne vie aux millions de natures mortes qui nous entourent… »

 

«  - C’est quoi une nature morte ? »

 

« - Les peintres parlaient de nature morte lorsque le sujet de leur tableau était immuable, immobile. Moi j’appelle nature morte tout ce qui ne peux pas se déplacer sans l’aide de l’homme, du vent ou d’un autre élément. Tu vois ce papier par terre ? Eh bien sans ce courant d’air il serait condamné à vivre sur le bord de cette allée pour le restant de ses jours. »

 

«  - C’est comme mon ballon !!! Si je lui tape pas dedans il bougera jamais. »

 

 

L’enfant avait jusqu’alors oublié son ballon. Un regard inquiet sur le jardin le rassura. Il avait fini sa course dans une haie d’arbustes qui ornait le bord de l’allée. Il se retourna à nouveau vers le vieil homme.

 

 

«  - Mais pourquoi c’est une maladie de voir les choses comme ça ? »

 

«  - Parce que la plupart des Hommes ne voient rien là où  moi je vois quelque chose d’incroyable. C’est une sorte de folie à laquelle ils m’ont condamné. »

 

«  - Vous êtes un fou ? »,  demanda l’enfant un peu surpris.

 

« - Ou alors ce sont les hommes qui le sont… »

 

«  - Vous avez pas l’air d’un fou. A la télé ils ont montré des fous. Ils arrêtaient pas de crier et de courir partout. Vous, vous êtes assis sur un banc et vous ne dites rien. »

 

 

L’homme regarda l’enfant en souriant. Puis ensemble ils regardèrent les passants. Aucun d’entre eux n’a pris conscience de la scène qui se passe sur le vieux banc. Ils marchent, toujours plus vite comme pour fuir cette folie dans laquelle ils pensent que le vieillard a sombré.

 

 

Le silence qu’ils partagent ensemble est si intense qu’il couvre les cris des enfants de l’autre côté de l’allée.

 

 

«  - C’est parce que vous êtes malade que vous souriez bêtement? »

 

La question donna naissance au même rire qui, quelque temps avant, avait gêné l’enfant.

 

«  - Oui. Je souris parce que la vie est belle et que j’en ai conscience. La plupart du temps nous ne sommes pas conscient de la chance que nous avons de connaître ce monde. Moi j’ai mis du temps avant de le savoir. Beaucoup de gens ne le savent pas, ne prennent pas le temps de la savoir. »

 

«  - Et c’est difficile à savoir ? »

 

«  - Très difficile ! Il faut prendre le temps d’apprendre à regarder la vie. Apprendre à l’admirer, malgré les choses que tu entends à la télévision sur les guerres et toutes ces détresses quotidiennes qui nous écarte de cet apprentissage. »

 

«  - Mamie me parle toujours de la guerre où mon grand-père a disparu. Souvent elle pleure. C’est triste la guerre, ça ne s’admire pas ! »

 

«  - Tu as raison… c’est triste la guerre. » dit le vieil homme dont le sourire perdait pour la première fois son éclat.

 

 

Un silence gêné s’installa sur le vieux banc usé. L’enfant pensait à la première fois où sa grand-mère lui avait parlé de la guerre avec les Allemands. Lui jubilait car il avait depuis peu un correspondant Allemand grâce à son école et il était tout fier de pouvoir dire qu’il avait un copain quelque part dans le monde. Sa grand-mère ne semblait pas partager sa joie et il avait insisté pour qu’elle lui explique pourquoi elle était triste. Il avait remarqué, malgré leurs discrétions, les larmes qui s’accumulaient dans ses yeux. Il ne comprenait pas. Sa grand-mère l’avait pris sur ses genoux de manière à ce qu’ils regardent ensemble dans la même direction. L’enfant savait que dans son dos les larmes s’étaient mises à couler mais il n’osait plus regarder sa grand-mère. Elle lui avait parlé de l’arrivée des Allemands, des soldats, des camps de concentration. Il ne savait pas ce qu’était un camp de concentration. La seule chose qu’il comprit c’est que son grand-père était resté dans un camp même après la fin de la guerre. Il avait du abandonner sa grand-mère. Ou alors il était mort. En fait il ne savait pas très bien. Le souvenir de sa grand-mère en pleurs le rendait triste.

 

 

Le vieil homme le regarda avec compassion.

 

 

«  - Mais tu sais il peut y avoir de très belles choses dans la guerre. »

 

 

Cette phrase fit revenir l’enfant sur le vieux banc.

 

«  - Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a de beau dans un camp de concentration ? Je suis sûr que vous connaissez même pas !», dit-il entre tristesse et colère.

 

En plaçant ce mot terrible qui fait rougir tous les adultes, l’enfant espérait que le vieil homme ne chercherait pas à lui raconter de belles histoires comme on en raconte à des enfants de huit ans.

 

Mais le vieillard ne sembla pas surpris par cette évocation des camps.

 

«  - Malheureusement je connais… trop bien même. Heureusement aussi. »

 

«  - Pourquoi heureusement ? »

 

«  - Parce qu’aujourd’hui cela me donne le droit d’en parler. Et parce que c’est là bas que j’ai vécu les plus belles preuves d’amitié de ma vie. C’est dans ces endroits que tu apprends que l’homme n’a pas besoin de parler pour prouver son amitié. J’ai le souvenir d’un regard… Un ami très cher qui est mort dans ce camp, et qui à l’heure où j’en avais le plus besoin à su m’apporter ce besoin de me battre et de rester en vie. Un regard si pénétrant qu’il remplace tous les mots, tous les sourires. Je venais de passer huit mois dans ce camp. Il savait que je baissais les bras et que j’attendais aussi la mort. Il savait. Mais avant de s’éteindre il m’a fait promettre à travers ce regard de ne jamais abandonner cette vie. Il est trop facile de se laisser mourir alors qu’il est si difficile de vivre… »

 

 

L’enfant ne comprenait pas bien comment, sans parler, on peut dire autant de chose.

 

Par contre il appréciait qu’un adulte arrive à lui parler de la mort aussi facilement. En général ils se cachent derrière des mots qui ne veulent rien dire et rendent ce phénomène encore plus difficile à comprendre. A la mort de son poisson rouge, sa mère s’était embarquée dans une explication mêlant sommeil et voyage. Il avait fallu la remarque d’un garçon dans la cours d’école pour mettre les choses au clair : « - Il a crevé ton poisson ! » Technique un peu abrupte mais qui avait eu le mérite de conclure le débat autour de son poisson.

 

 

A présent le vieil homme semblait absorbé dans ses souvenirs. Il souriait à nouveau d’un sourire éclatant.

 

 

«  - Pourquoi vous souriez alors que votre ami est mort ? »

 

«  - Je trouve ironique d’avoir pris conscience de la beauté de la vie dans un endroit pareil. »

 

«  - Alors la vie est toujours belle selon vous ? Vous êtes jamais triste ? Vous ne pleurez jamais ? »

 

«  - Bien sûr que je suis triste parfois. Cela me rend triste de voir que les Hommes arrivent encore à se battre. Cela me rend triste quand je vois un vieil homme abandonné sur le trottoir qui survit sous le regard indifférent des passants. »

 

 

L’enfant se demanda s’il le vieillard n’était pas en train de parler de lui.

 

«  - J’ai pleuré souvent dans ma vie. »

 

«  - Moi je pleure tout le temps ! » dit l’enfant.

 

«  - Oui mais je suis sûr qu’à ton âge tu ries plus que tu ne pleures. Non ? »

 

Silence.

 

L’enfant sembla hésiter dans sa réponse.

 

 

Le flot des passants avait diminué depuis le début de leur conversation. Les cris provenant de l’aire de jeux semblaient plus audibles sans ce mur humain.

 

«  - Alors moi aussi je suis malade ? » demanda l’enfant inquiet.

 

«  - Oui » répondit-il avec une voix rassurante. «  - Tous les enfants ont cette chance. Nous naissons avec une capacité d’émerveillement incroyable. On grandit en découvrant le monde, on donne une explication magique à chaque chose qui nous entoure. Un miroir, la télévision, les voitures,… tout est magique ! Moi j’ai gardé la capacité d’émerveillement d’un enfant de dix ans. »

 

 

«  - Moi je n’ai que huit ans... », dit l’enfant un peu déçu.

 

«  - Tant mieux ! Tu as encore beaucoup de chose à découvrir, à comprendre. Tes yeux sont encore les témoins du miracle qui nous entoure. Profite de ce moment de ta vie et si tu le peux, essaye de préserver la conscience de ce miracle en grandissant…»

 

 

A cet instant le vent tourbillonna dans l’allée nord du jardin Henri IV entraînant les feuilles sur le sol dans une danse circulaire et désordonnée. Le temps semblait suspendu à cette danse. Dans le jardin, personne n’avait prêté attention à cet envol anodin.

 

L’enfant, lui, semblait captivé par le phénomène. Le vieillard souriait.

 

 

«  - C’est ça un miracle ? » demanda l’enfant sans quitter le ballet des yeux.

 

 

«  - Oui, répondit le vieil homme. C’est ça un miracle… »

 

 

L’enfant sourit.

 

Fin…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Tiphilou - Publié dans : Il était une fois...
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /2006 12:25
Par Tiphilou - Publié dans : openyoureyes
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Jeudi 30 novembre 2006 4 30 /11 /2006 12:02

Dans la série Open your eyes, voici deux clichés qui évoquent les différences cruciales et insurmontables entre les religions... et qui sont probablement la cause de toutes ces guerres de religions qui, depuis toujours, ravagent notre monde. L'une prise au détour d'une ruelle dans une mosquée d'Alep, l'autre dans l'une des nombreuses chapelles de Rocamadour...

     

 

Flagrant, non?...

Par Tiphilou - Publié dans : openyoureyes
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