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Introduction

Bonjour à tous,

L'idée de ce blog est née il y a bientôt trois ans d'une promesse faites à un réfugié Iranien dans un camp situé dans le No Man's Land entre la Jordanie et l'Irak. Promesse de témoigner de ces quelques jours vécus à ses côtés, promesse de vous raconter sa vie et celles des milliers de réfugiés avec lesquels il la  partage depuis plus 25 ans (mon âge à l'époque!). Au delà de ce témoignage, l'idée est de nous aider à reprendre conscience de ce merveilleux quotidien qui nous entoure, si cher à Barjavel, et que nous avons trop souvent tendance à oublier.

Le reste ne sera qu'une série de petits clins d'oeil à notre quotidien. Photos, Textes, Coup d'coeur, les miens, les vôtres, avec toujours le même désir: Rester conscient de ce dit merveilleux...

3, 2, 1... Open your eyes!!! :)

Tiphilou

Reportage

Lundi 8 janvier 2007

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La fille d'Ali Rahmadi a les yeux dans le vide. A quoi pense-t-elle ? Je n'ai jamais vu une telle expression. Aujourd'hui encore je n'arrive pas à décrire ce qu'elle exprime? Tristesse ? Peur ? Appel à l'aide ou simple regard d'un enfant qui fait face à l'inconnu ? Comme si à travers ce regard elle reprenait les mots de son père : « Jamais nous ne pourrons oublier ce que nous avons vécu. Jamais. Nous avons beaucoup de choses dans nos coeurs.»

 

 

 

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 Méli mélo de cordes et de tissus comme simple maison. Je me demande encore comment les piquets qui tiennent les cordes ont pu être enfoncés dans ce sol que le soleil a durci comme du béton.

 

 

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Dans cette tente je retrouve Zahra Mosazada. Elle a commencé une grève de la faim il y a trois jours. Elle souhaite que les Nations Unies s'intéressent à elle, à sa famille. Je suis touché par la scène et la détresse qui s'en dégage. Dans les bras de son mari sa fille de dix mois pleure. Bayat me demande de lui expliquer qu'une grève de la faim ne fera qu'empirer une situation déjà difficile. Après quelques mots Zahra me coupe : « Safe or death! ». Je les quitte avec un sentiment d'impuissance qui me révolte...

 

 

 

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J'arrive dans la tente de Reza Alghasi. En m'asseyant j'aperçois à travers une ouverture une petite fille seule au milieu d'un chemin. Sous un soleil de plomb, elle joue. Tout simplement. Reza surprend mon regard :

 « Vos enfants jouent avec des ordinateurs, les nôtres jouent avec de la poussière. »

 

 

 

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Un attroupement attire mon attention. En m'approchant je découvre des enfants qui jouent avec de la terre. Bayat m'explique qu'ils ne jouent pas mais qu'ils fabriquent des briques en utilisant les eaux usées et la boue qui sortent des tentes avant de les faire sécher au soleil. Aujourd'hui la chaleur est telle qu'il m'est difficile d'imaginer que cet hiver ils auront besoin de ces briques pour les isoler du froid.

 

Bayat regarde à travers la clôture qui entoure le camp. A quelques centaines de mètres la frontière Iraquienne qu'il a franchie il y a de cela 18 mois pour trouver refuge en Jordanie avec sa mère, ses cinq frères et ses deux soeurs. Quelle triste ironie. Après avoir vécu 24 ans dans un camp de réfugiés en Irak et avoir décidé de fuir enfin le pays, il se retrouve aux portes de la Jordanie sans pouvoir aller plus loin. L'Irak semble le narguer de n'avoir pas pu s'éloigner davantage...

 

 

La chaleur étouffante du désert Jordanien oblige les réfugiés à vivre à l'intérieur des tentes. Cuisine, chambre, coin pour se laver,... une seule pièce. Shirwali Jawanni me reçoit pour déjeuner. La générosité de ces gens n'a d'égal que le dénuement dans lequel ils vivent. Le réchaud dans lequel elle prépare le riz chauffe encore un peu plus l'atmosphère. J'ai l'impression qu'il fait aussi chaud ici qu'à l'extérieur !

 

 

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Sous une lumière écrasante qui blanchit le paysage, une des filles de shakary Bradar Aziz se rend à l'école. A la main son unique cahier. CARE a mit en place les cours à l'intérieur du camp, fournissant matériels et mobiliers à tous les participants. Les professeurs sont des réfugiés. Les impliquer au maximum dans la vie du camp facilitera leur intégration en cas d'accueil dans un pays hôte.

 

 

 

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Dans une des tentes de CARE, la fille d'Ali Reza azizi donne des cours de peinture aux jeunes du camp. C'est un moment irréel qui me fait oublier où je suis, l'espace d'une petite heure. Ici les sourires arrivent à reprendre le dessus. La peinture leur offre la liberté qu'ils n'ont pas à l'extérieur de l'atelier. Beaucoup d'oiseaux sont peints. L'image me plaît...

 

 

Sur notre passage, des dizaines de réfugiés nous observent, nous interpellent. Au milieu de la foule compacte, je suis comme happé par le regard d’une jeune fille. Beaucoup ont un regard sec qui traduit la perte d’un espoir trop longtemps espéré. La fille de Mohamad Ghaytoli, elle, me regarde comme pour vérifier que je suis vraiment là, bien réel. Je me sens démuni en prenant conscience de ce que ma présence ici peut laisser croire. Lorsque je m’adresse à Mohamad, je commence par lui dire que je suis à Ruweished pour témoigner à mon retour, mais que je ne veux pas leur donner de faux espoirs.

« Un faux espoir est toujours mieux que pas d’espoir du tout », me dira Bayat en sortant de la tente.

 

 

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Quel contraste saisissant. La clôture du camp, à laquelle s’adossent des barbelés tombés depuis longtemps, accumule papiers et sacs plastiques. Comme si eux aussi étaient condamnés à vivre là, sans espoir de s’envoler. A quelques centaines de mètres à peine, la longue file d’attente des camions qui passent en Irak et en Jordanie. Depuis la guerre en Irak, le commerce routier entre les deux pays a repris. Paradoxe incroyable de cette prison humanitaire accolée à cette route, symbole de liberté, qui se perd à l’horizon.

 

 

 

Cette route je la reprends pour rentrer sur Amman, le regard dans le vide et le cœur plein à craquer…

 

 

 

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 « Quand tu rentreras chez toi, souviens-toi de ce que tu as vécu ici. Souviens-toi et s’il te plaît… raconte. » - Bayat Mirzayi -

 

 

Merci à vous de m'aider à tenir ma parole... en parlant de ce blog.

 

PS: La fermeture du camp de Ruweished, prévue en septembre 2006 a encore été retardée.

Par Tiphilou
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Lundi 8 janvier 2007

10 août 2004 - Voilà six mois que je vis à Amman en Jordanie. La situation en Irak a conduit des centaines de réfugiés à fuir les combats pour trouver refuge à la frontière Jordanienne dans des camps mis en place par le HCR des Nations Unies et l’ONG CARE. En France la télévision nous montre des images de ces réfugiés, tente de nous faire partager leur détresse. Mais sans jamais les nommer. Comme si les humaniser par un prénom était susceptible de rendre cette détresse insurmontable à nos yeux.

 

Comme si l’anonymat nous préservait…

 

 Aujourd’hui mon projet se réalise enfin. Je suis devant l’unique entrée du camp de réfugié situé dans le No Man’s Land entre la frontière Jordanienne et Irakienne. Il n’est que 7h00 mais il fait déjà chaud. J’imagine aisément la chaleur qui nous attend dans la journée au milieu de ce désert de pierre qui recouvre l’Est Jordanien. J’aime à penser que les pierres sont les fleurs de ce désert. Je me demande pourquoi un tel camp a été installé ici… Après tout, No Man’s Land ne signifie-t-il pas « Terre sans Hommes » ? Bayat Mirzayi me tire de mes pensées. « Yallah ! ». Il est aussi impatient que moi de cette rencontre. C’est lui qui va me présenter cet endroit où il vit depuis bientôt deux ans. Il est Iranien et vient de passer 24 ans dans un camp de réfugiés en Irak, après avoir fuit son passé politique en Iran. Ici, il fait partie du comité qui organise la vie dans le camp et a la responsabilité de l’un des huit blocs qui le divisent. A peine le temps d’un premier sourire et nous voilà à l’intérieur, au milieu des centaines de tentes qui composent le paysage, pour un plongeon  dans un monde que je découvre à chacun de mes pas. Plus de 1500 réfugiés Iraniens, Palestiniens, Iraquiens, Somaliens, vivent ici. Je suis venu pour rencontrer ces gens, ces familles anonymes, pour entrevoir leurs histoires et enfin mettre un nom sur leurs visages trop souvent aperçus et trop souvent oubliés. Je ne suis pas là pour photographier des réfugiés. Je suis là pour rencontrer Aziz, Mohamad, Shirwali… des hommes et des femmes avant tout. Durant ces quelques jours dans le No Man’s Land, j’ai décidé de ne prendre personne en photo sans d’abord connaître son nom, son histoire, ses espoirs…

 

Il est 8h30. J’ai l’impression d’être ici depuis toujours. Depuis mon arrivée, Bayat me raconte sa vie, son voyage qui l’a conduit jusqu’ici. Il parle comme s’il n’avait pas parlé depuis des années, comme si raconter son histoire lui permettait de quitter cet endroit. Il ne s’arrête pas, de peur de perdre cette liberté qui le conduit dans les montagnes d’Iran, sur les routes Iraquiennes et finalement dans ce désert Jordanien. Ses yeux brillent, sa voix tremble d’émotion et d’impatience. Il a tellement de chose dans le cœur…

 

Chaque famille me reçoit avec la même envie de témoigner, la même envie de me faire comprendre ce qu’ils vivent depuis plus de 25 ans. Plusieurs me demandent ce que je ferais si j’étais à leur place ? Comment répondre à une telle question ? Je n’ai jamais vraiment connu l’exclusion, l’isolement, la violence. Je ne sais pas… Je ne peux qu’admirer le courage de ces gens et leur envie de vivre qui les a conduit jusqu’ici. Je ne peux que témoigner…

 

 

« Quand tu rentreras chez toi, souviens-toi de ce que tu as vécu ici. Souviens-toi et s’il te plaît… raconte. » - Bayat Mirzayi -

Par Tiphilou
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Samedi 29 mars 2008

A l’heure où nos médias nous rappellent entre deux faits divers que la guerre en Irak fête ses 5 ans, et où la contestation monte contre la Chine et ses exactions au Tibet, je me pose la question de notre pouvoir à changer les choses. Boycott, perturbations du parcours de la flamme Olympique, manifestation pour le respect des droits de l’Homme… J’ai l’impression de retourner 5 ans en arrière lors de la mobilisation monstre sur la planète contre l’intervention Américaine. Je ne suis pas de tous les combats mais ce jour là j’étais dans la rue avec les mêmes espérances que des millions de personnes : Tous ensemble nous allions changer les choses :

«  Bush, le monde pleure ! », « Contre la guerre ne baissons pas les armes ! » « La honte… »

Petit bilan comptable sur le succès de notre mobilisation à tous, nous frôlons les 100 .000 morts Irakiens et 2 millions de déplacés… Je ne sais même pas s’il faut baisser les bras. Je ne sais même pas s’il faut se laisser bouffer par cette colère qui me ronge chaque soir… Je ne sais pas…

C’est décidé, je n’irai pas manifester contre la Chine. C’est facile vous me direz de ne rien faire, de ne rien dire. Honnêtement, si je m’écoutais, j’irais me battre au Tibet, en Tchétchénie, au Darfour,… mais demain je commence le boulot à 8h30… Petit moment de désespoir.






Par Tiphilou
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